C’est en 1994 qu’un dinosaure apparait pour la première fois chez LEGO, un an après
Jurassic Park qui a «réhabilité» les dinosaures dans la culture populaire.
Alors que le film pouvait offrir aux briques un terreau commercial fertile, l’histoire de LEGO avec les dinosaures n’est – étonnamment – devenue une histoire d’amour que très récemment.
Des débuts timides
Les débuts préhistoriques du célèbre constructeur de jouets danois se font modestes : LEGO ne semble pas encore décidé à surfer sur la vague du Mésozoïque.
Attribution : © rebrickable.com
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En 1995, LEGO cible (temporairement) un public plus âgé avec le set 8485 de la gamme Technic. Celui-ci offre à construire, au choix, un hélicoptère, un aéroglisseur ou un dinosaure carnivore, tous motorisés.
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Les dinosaures, c’est pour les enfants !
La quasi-intégralité de la production de 1996 et 1997 restera réservée aux plus jeunes. Ces sets Duplo incluent les premiers moulages de dinosaures (assez mignons pour le coup) en plus des animaux à construire.
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Certains de ces sets font cohabiter les dinosaures avec des humains préhistoriques, tenant ainsi davantage des
Flintstones que de
l’œuvre de Michael Crichton.
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La seule exception à cette vague Duplo sera le set 2152 (Robo Raptor), mais peut-on vraiment parler de dinosaure ?
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LEGO n’aimerait donc pas les dinosaures ?
Jusqu’à présent, LEGO avait ses propres univers : City, Castle, Space, pour ne citer que ceux-là.
Alors que
The Lost World sort au cinéma en 1997 et confirme l’intérêt du public pour les animaux disparus, LEGO exploitera sa première grande licence tirée d’une saga à la fois plus ancienne et beaucoup plus populaire encore : Star Wars, dont les premiers sets sortiront en 1999.
Une stratégie payante, puisque c’est toujours l’un des thèmes LEGO les plus lucratifs vingt-cinq ans plus tard.
Mais LEGO ne semble croire ni à Jurassic Park ni aux dinosaures ou reste très prudent sur ce marché, et il faudra attendre longtemps et se contenter de productions allant de déplorables à moyennes, avant que le fabricant ne donne ses lettres de noblesses aux créatures préhistoriques.
Ainsi, en 1998, LEGO lance deux sets dans le thème
Znap pour venir chatouiller son concurrent
K’nex.
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Chacun de ces sets propose trois montages, dont un «dinosaure» (respectivement un genre de reptile volant et ce qui semble être un Pachycephalosaurus – ou un Alien…). Mais c’est un coup d’épée dans l’eau : un an et une vingtaine de sets plus tard, LEGO enterre ce thème.
Le début difficile de la maturité
En 2000, les dinos s’invitent dans le thème Adventurers. Ils prennent alors la forme de figurines moulées, moins mignons que les premiers sets Duplo mais aussi plus matures.
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Ils restent des personnages secondaires, mais ils commencent à s’inscrire dans des scènes narratives inspirées à demi-mot de l’œuvre cinématographique, dépeignant une certaine cohabitation avec des humains modernes qui cherchent à les filmer et à les mettre en cage, parfois en usant d’armes à feu.
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Les constructions se modernisent et se complexifient, les moulages deviennent plus sérieux et reconnaissables. Difficile de ne pas voir une tentative de s’approprier les thèmes du cinéma sans mettre les deux pieds dans une licence dans laquelle LEGO ne croit pas encore.
Parallèlement à Adventurers, LEGO sort une série de polybags permettant d’assembler des dinosaures pour le moins simplistes et pas franchement avenants : c’est les Dinosaurs, qui ont tous la même tête.
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Cette gamme préfigure grossièrement ce que seront les dinosaures que l’on connait aujourd’hui dans la gamme Jurassic World : les corps de certaines figurines commencent à prendre forme, même s’ils sont encore peu agiles et creux ; l’objectif de créer des moulages plus complet commence à se dessiner. Leur affinage va tout de même prendre plus de dix ans.
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Les dinosaures de l’an 2000 ne seront probablement sauvés que par le set 5987, auquel fera hommage le grand squelette de 2025.
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Une esthétique toujours problématique
Toujours en 2000 sort un premier set du thème Studios, sobrement intitulé «Steven Spielberg Moviemaker Set», mettant en scène un T. rex, un bébé et une patte mécanique, puis le set 1354 permettant de monter une tête mécanique.
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Jurassic Park III sort au cinéma en 2001 et l’accueil est mitigé. Pourtant, LEGO sort deux nouveaux sets dans le thème Studios consacrés à l’épisode, et comme je l’indiquais dans l’étude de ma collection, ils sont loin d’être convaincants.
C’est quoi ce Spinosaurus, sans déconner ?
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Voilà des… Velo… ciraptors… A priori. Et, heu… un… Ptéranodon ?
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C’est un premier pas vers la franchise, mais LEGO trébuche, et ne sortira plus de set consacré aux dinosaures avant le 4507 en 2004. Malgré une complexification accrue, là encore, l’esthétique des animaux est – très – discutable.
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Entre 2005 et 2006, nos chers dinosaures sont les vedettes malheureuses du thème Dino 2010, passant du statut d’animaux à celui de créatures maléfiques, tenant plus du serpent dragon que du dinosaure. C’est peut-être une bonne excuse pour justifier de muscler l’arsenal à disposition (par ailleurs constitué de véhicules très réussis), puisqu’on ne s’attaque plus à un animal existant mais à des créatures fantastiques, mais ce ne sont toujours pas les dinosaures avec lesquels on aimerait jouer.
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Toujours en 2006, LEGO sort deux sets dans le thème Creator. Si le plus gros (380 pièces) se démarque par des plans pour huit animaux différents (principalement des animaux préhistoriques), le petit raptor fait pâle figure et laisse les constructeurs sur leur faim.
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Le set 4958, quoique présentant un «Monster Dino» (mécanisé, donc), présente l’intérêt de sa complexité (à défaut d’une rigueur scientifique) : il est non seulement doté d’un moteur, mais également d’une télécommande !
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Ces sets seront suivis en 2008 par un autre set dans le même thème, mais toujours aussi décevant par son design problématique.
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Le renouveau
Quatre ans vont alors s’écouler avant que LEGO ne s’intéresse davantage aux dinosaures, mais l’attente récompensera les amateurs, à condition d’oublier le set 6914 sorti en 2012 et dans la même veine esthétique que son prédécesseur de 2006.
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Mais la même année, le thème Dino fait son come-back avec une série de sept sets qui vont redéfinir durablement l’esthétique des dinosaures chez LEGO. Les moulages inaugurés cette année seront réutilisés, déclinés et diversifiés, et instaureront l’esthétique identitaire des futures productions LEGO. D’ailleurs, on notera le changement de rapport de force entre les humains et les dinosaures : LEGO semble dès lors avoir trouvé un compromis idéal entre les inoffensives caméras et les armes à feu létales (dans les versions nord-américaines des sets), en utilisant des pistolets à fléchettes tranquillisantes qui seront, eux aussi, réutilisés ensuite.
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En 2014, LEGO sort l’Institut de Recherche (21110), pour lequel on peut construire le tout premier squelette fossile. Un set petit mais fort réjouissant puisque l’on quitte alors les carcans cinématographiques pour une pause 100% scientifique bienvenue.
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Les produits sous licence
Ainsi, LEGO sortira ses premiers sets sous la licence officielle Jurassic World en 2015 en même temps que le film, tout en présentant de nouveaux moulages cohérents avec cette esthétique (notamment le Dilophosaurus ou, bien sûr, l’Indominus rex).
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On pourra toutefois reprocher à LEGO d’avoir recyclé le moulage du
Coelophysis (un carnivore) pour le vendre comme un
Gallimimus (un omnivore mais pas denté comme un Coelophysis), une anomalie qui ne portera pas préjudice à la marque ou au thème, mais qui fait tache dans le nouveau catalogue.
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J’explore tout le thème Jurassic World dans l’étude de ma collection. Je vais donc l’ignorer pour le reste de cet article.
La nouvelle esthétique sera alors visible dans les produits dérivés, tels que le
jeu-vidéo ou
les séries animées, ainsi que, évidemment, tous les sets de la gamme Jurassic World.
D’autres dinosaures plus matures et réalistes
Mais LEGO ne s’arrêtera pas de sortir des sets en dehors de la franchise. En 2017, un nouveau set Creator est ajouté au catalogue, troquant le rouge devenu habituel pour du vert, décliné ensuite dans d’autres variantes en 2021 au Royaume-Uni uniquement sous la forme d’une expérimentation commerciale.
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Entre-temps, LEGO sort un magnifique set (le 21320, par le Français Jonathan Brunn) en 2019 permettant de construire de nouveaux fossiles (Triceratops, Pteranodon et T. rex).
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Sorti en 2023, un autre magnifique set (le 10326) propose de construire un muséum d’histoire naturelle dont l’attraction principale est un squelette de Brachiosaurus (choisi pour sa taille qui lui permettait de traverser tous les étages du bâtiment).
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Le dernier set de la gamme Creator consacré à un dinosaure date de 2024, et arbore cette fois une esthétique beaucoup plus acceptable.
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Conclusion
Alors que les dinosaures ont toujours été considérés comme un intérêt d’enfants, et malgré l’apport de Jurassic Park à la culture populaire, LEGO s’est longtemps entêté à sortir des sets inintéressants, voire objectivement moches. Les rares essais potentiellement positifs s’adressaient aux jeunes enfants, via la gamme Duplo.
2012 aura été une année charnière, établissant une nouvelle esthétique qui dominera ensuite, et qui permettra au constructeur de jouets de s’adresser à toutes les tranches d’âges, en plus des fans de la saga cinématographique. LEGO a alors pris le train Jurassic World en marche et a pu profiter de la licence pour suivre la seconde trilogie puis Rebirth, et décliner ses propres histoires à travers un thème riche et enthousiasmant.
Mais LEGO a également compris qu’il y avait d’autres marchés à conquérir, notamment sur le secteur du set décoratif : le premier set consacré à des fossiles a fait des émules de toute beauté, dont le dernier vient tout juste de sortir.
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Il a fallu s’armer de patience, mais LEGO a enfin un catalogue de dinosaures digne de ce nom !